Etre en présence de

L’article “L’enseignement à distance crée de la résistance” écrit par Monsieur Cédric Enjalbert pour Philosophie magasine, mensuel n°142, septembre 2020 p.41, est venu confirmer un de mes fondements d’accompagnement, être disponible et en présence pour offrir la possibilité aux savoirs sur soi d’émerger dans leur multidimensionnalité.

Il m’est une chose délicate aujourd’hui : vivre des relations via les systèmes de visioconférence. Il m’est encore plus complexe d’avoir le sentiment d’un accompagnement qualitatif dès lors qu’il n’est pas en présence physique. Toutefois, je reconnais le service rendu par ce type d’application et peux, moi même, en tirer bénéfice lorsque la relation avec un individu est déjà ancrée dans le réel, entendre ici : présence physique et disponibilité psychologique à ce qui s’opère dans le ici et maintenant, dans la proximité relationnelle avec l’autre.

Comme le rappelle Cedric Enjalbert dans son article, «  l’école est donc plus qu’un lieu d’apprentissage, elle est un milieu où se déploient toutes les dimensions humaine : affective, sociologique, linguistique, intellectuelle… » A l’instar du philosophe Maxime Rovere qui qualifie «  dans le rapport prof-élève, il y a ceci de beau, que chacun cherche à s’y construire soimême. La relation fait naître ses propres termes. Vous n’avez pas un individus qui entrent en contact mais un contact qui engendre deux individus. Cette relation est « chaotique », elle dépend de conditions initiales si fines qu’il est impossible de les contrôler pour produire un effet précis. » Je partage pleinement leurs points de vue, à savoir qu’être en relation avec un individu n’est pas modélisable. Cette relation demeure et restera instable, informe dans le sens de soumise à ce qui se produira dans l’instant, avec ce qui est, ce qui fût et qui adviendra des éléments qui la composent.

Ainsi, nous pourrions reprendre la maxime consacrée, le tout est supérieur à la somme de ses parties. Deux êtres en relation ne sont pas ici la somme de leurs échanges quantifiables. Comme dans l’exemple de l’école, la relation est un endroit où se vivent des dimensions affectives émotionnelles, corporelles, intellectuelles, sensorielles… Si cette relation est vécue en visioconférence alors toutes ces dimensions à l’œuvre sont plus ténues, elles parviennent en sourdine à la conscience de celui qui la vit. Une grande disponibilité est alors requise pour être en relation.

Partager un même lieu, un même espace temps « fait tenir ensemble des êtres dont la coexistence ne va pas de soi ». Les savoirs sur soi circulent alors dans les interstices relationnels, « les savoirs ne se transmettent pas, ils circulent entre les brèches – des lacunes, des failles, des blessures-où se logent des émotions ». Au travers de la visioconférence le relation à l’autre est davantage linéaire, la multidimensionnalité d’un individu n’a quasiment aucune place. L’expérience des corps est limitée et essentiellement vécue par « l’ouie et portée par la parole », sens survalorisés dans la culture occidentale.

Aussi, il est fondamental aujourd’hui pour moi de pouvoir vous rencontrer en présence, de créer ensemble ces endroits communs où la multidimensionnalité de l’autre pourra conserver toute sa place et alors les savoirs et enseignements sur soi se vivre et se livrer.

Je remercie toutes les personnes qui, de surcroît aujourd’hui, défendent des transmissions de savoirs quelles que soient leurs natures, en présence.