Adolescence et confinement

Adolescence et confinement où quant la crise sanitaire se superpose à la crise identitaire.

La traversée de l’adolescence reste une étape importante dans la construction de l’adulte en devenir. Cette tranche de vie est un moment charnière où le jeune s’autorise non seulement à rêver mais où il expérimente, il vit ses rêves, crée ses premiers espaces de liberté, transgresse certains interdits.

Ainsi, il s’autonomise et expérimente par lui même quoi qu’en disent les adultes autour de lui et quels que soient ses agissements. Il expérimente par lui même à tous les niveaux, aussi bien dans le cadre scolaire, que dans les relations avec ses pairs, il adopte de nouvelles postures au sein de son système familial et dans la société. Les changements radicaux de style vestimentaires, de coupe de cheveux, les différents profils Facebook, Instagram et Tic Toc en sont le reflet. En simultané, il fait aussi l’expérience de ses limites, il commence à se responsabiliser face à ses choix, il agit sur le monde et son entourage réagit. Il questionne et interroge fortement le sens des institutions au sens large du terme : familiales, scolaires mais aussi en cela, le sens du monde.

Aujourd’hui, en cette période de crise sanitaire, l’impact des restrictions en lien à cette crise est forte sur le quotidien de tout individu mais il vient complexifier la traversée de cette crise interne / tranche d’âge pour les adolescents. En effet, dans son interview du 12 novembre 2020, le constat du professeur Sylvie Tordjman, Professeur en Pédopsychiatrie Cheffe du Pôle Hospitalo-Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et l’Adolescent (PHUPEA) et responsable du centre national des enfants et adolescents à hauts potentiels (CNAHP Rennes) de Rennes est sans appel, elle fait le constat que les pré-adolescents et les adolescents sont très touchés par ce confinement, et que le stress s’installe.

A mon sens, l’observation, l’écoute et la disponibilité sont essentielles pour qu’ils puissent se sentir accueillis dans ce qu’ils traversent. La seule réponse du caractère obligatoire des mesures en lien avec cette crise sanitaire n’est pas la réponse à leur question, me semble -t-il. A leur façon, que ce soit par,

  • une augmentation des claquement de portes et de relations conflictuelles au sein de la famille,
  • l’utilisation des écrans et des réseaux sociaux,
  • une baisse des résultats scolaires,
  • des sorties ou regroupement amicaux non autorisés,
  • le non port du masque ou l’ acceptation totale des mesures sanitaires,

ils nous interpellent et parlent ainsi de leurs inquiétudes quant au sens du monde, de leurs rêves remis à des lendemains incertains. Ils crient leur désillusion prématurée et nous témoignent de leur crainte de la finitude. Ainsi, comme le soulignait un collègue psychologue, heureuses sont leurs transgressions dans cette à minima double crise qui est la leurs.

Mathilde.