L’adolescent et l’acte de consommer 

L’adolescent et l’acte de consommer : une tentative de contrôle de lui même et de son environnement.

Je suis confrontée à de nombreuses demandes d’achats de la part des adolescents et cela indifféremment de leur genre ou milieu social. Les demandes de sorties se transforment en « je dois aller avec ma copine voir un nouveau jeans » ou les propositions d’aide ont cette motivation, « oui, je viens t’aider, j’ai besoin d’un nouveau gel douche et aussi je voudrai regarder un truc ». Il y a parfois aussi des planifications à plus longue échéance, « faut absolument que je m’achète un nouveau téléphone et change de forfait ».

Je n’ai pas tout de suite mis du sens, face à ces nécessités d’achats. Elles demeuraient incompréhensibles car ne répondaient à aucun besoin identifié en ma qualité d’adulte. Parfois même, je constatais leur excès, il n’y avait plus que cette requête insatiable, unique point de focal autour duquel le monde devait tourné. Je n’y voyais qu’une entrée dans la société de consommation : l’achat pour l’achat.

Force est de constater que j’étais aussi confrontée à des refus massifs de la part de certains quand j’évoquais cette même idée d’achat, possible satisfaction de leur besoin. Cette indifférence à leurs besoins, ce refus catégorique m’interpellait de la même manière. Occasionnellement, je rencontrais des jeunes qui n’étaient pas dans ces deux extrêmes. Ainsi, je me suis interrogée sur la possible signification que ces positionnements pouvaient revêtir à cet âge. Aujourd’hui, je vous en formule mes hypothèses de lectures.

Une période de remaniements

L’adolescence est une période de transition de l’enfant en devenir adulte. C’est une période où d’imports remaniements s’éprouvent. Ces changements sont multiples, ils sont autant d’ordre physiologiques que psychiques, émotionnels que sociaux. Il est important de garder en tête qu’à cette période, notre enfant n’est plus, il tâtonne afin de commencer l’expérimentation et l’expression de l’adulte singulier qu’il sera.

Une recherche d’équilibre

Ainsi, au travers de tout ce qu’il traverse, l’adolescent cherche à garder un contrôle sur ce qu’il se passe. Ce contrôle est exercé tant sur lui même que sur son environnement.

Les demandes d’achat ont souvent lieu sur des temps de vie « libres », là ou potentiellement le vide s’installe : le week-end, les mercredi et vacances. Ces temps sur lesquels si le sujet ne se positionne pas en tant que sujet-auteur-responsable de , il ne se passera rien, excepté vivre les règles et le cadre proposé par le cercle familial. Si le groupe de pairs est présent, sortie en ville entre copains par exemple, il est régi par ses propres règles, sa propre existence et sa motivation d’être, et non par celles émanant d’une structure externe ( collège, CFA, lycée, club de jeunes…). Le jeune et son groupe d’appartenance, sur ces temps, à la responsabilité de créer «  un temps donné », sa propre existence.

L’hyper-consommation / l’hypo-consommation

Les deux prises de positions d’apparence antagonistes sont l’hyper-consommation et l’hypo-consommation. Votre enfant / adolescent adoptera peut-être ces deux postures par cycle puisqu’elles ont la même fonction et répondent à ce besoin de contrôle. Ainsi, le jeune affirme ses valeurs, il prend part au monde. Par là même, il vient momentanément apaiser ses angoisses, en se positionnant, se projetant dans des demandes concrètes nécessitant des réponses simples, immédiates et sans ambiguïtés aucunes : oui ou non. D’ailleurs, vous noterez souvent son insistance jusqu’à obtention d’une réponse ferme et définitive.

Les nombreuses demandes d’achats semblent toutes aussi primordiales que vitales. Ainsi le jeune tente d’exercer un certain contrôle dans ce qu’il vit. Il met de la distance par ses demandes entre ses ressentis internes et ses actes. Ses requêtes viennent, un temps soit peu, canaliser ses pensées. Elles lui permettent de focaliser son attention sur un objet extérieur à lui : sa demande ou le refus de l’adulte d’y répondre par exemple.

La négociation ou confrontation de deux réalités

En effet, sous cette apparente discussion avec votre enfant , fréquemment deux discussions s’engagent, deux réalités distinctes essayent de trouver un lieu, une issue commune ou bien une sérieuse confrontation et incompréhension voient le jour. De fait, ces deux réalités existent bien pour chacun d’entre vous. D’un coté la vôtre, en qualité d’ adulte, garant d’un cadre, d’un budget, de réponse pragmatique face à ces questions d’apparence matérielles et de l’autre, la réalité de votre adolescent qui s’entête et s’enferme dans ses demandes toutes plus ou moins similaires de votre point de vue. L’objet de l’échange est identique mais son origine ne l’est pas.

Dès fois face, je peux rencontrer des parents qui ont le sentiment de n’être qu’un porte monnaie pour leur enfant, d’autres qui interrogent l’idée de manipulation. De mon point de vue et même sous cette apparence, votre enfant ne se joue ni de manipulation, ni de chantage affectif à votre endroit. Il essaye tant bien que mal, avec les moyens en sa possession, de se positionner dans le monde. Ainsi, il calme ses inquiétudes internes et les déséquilibres qui le traversent et dont il n’a pas conscience. Il se construit.

Prochainement, il sera en capacité d’exprimer ses besoins d’adulte, ne cherchant plus des réponses identitaires dans l’hypo ou l’hyper-consommation.

Mathilde

Il n’est pas question dans ce sujet de troubles compulsifs d’achats ou d’addictions quelconques, qui ne sont pas du même ordre et peuvent nécessiter un suivi spécifique selon la situation rencontrée.