Arracher les ronces ou attacher les ronces

Un quiproquo récemment vécu, me conduit à penser et évoquer la question de la responsabilité, la question du choix. Cette question est permanente, à chaque instant de notre vie, elle nous convoque, quelque soit la situation du moment ou quelque soit notre capacité d’action. Il n’ y a pas de bons ou mauvais choix, juste cette responsabilité de choix.

Ce jour là, une amie me partage ses préoccupations par message écrit et me précise que pour se défouler, elle est partie attacher des ronces. Je souris et l’imagine dans ce geste, lui reconnaissant ces particularités. Au même instant, elle m’envoie un second message rectificatif, elle est partie non attacher des ronces mais arracher des ronces

Cette simple confusion entre cette double consomme ; attacher- arracher, vient révéler à mes yeux notre responsabilité ,notre capacité de choix en toute situation.

De façon très pragmatique, je me figure un jardin avec des ronces. Ces ronces prennent de la place, elles envahissent mon espace, parfois je m’y griffe et m’écorche, le fond de mon jardin me renvoie un air de friche et d’abandon.

Alors, je fais le choix de les arracher. Tout en mettant du cœur à l’ouvrage, encouragé par le regard de mes proches voisins, je fais corps avec ce labeur. Ma colère est entière face à un tel envahissement. Reprenant mon souffle, face à moi même, je m’aperçois vite que le tissu de racines est immense et multidirectionnel ; des jonctions et des nœuds entre toutes ces ramifications. Les tiges extérieures ne sont qu’une infime partie du roncier. Dès la prochaine saison, les ronces reviendront me hanter, plus vives que l’année précédente.

Puis, toujours dans ce même jardin, face à ces mêmes envahissantes préoccupations rampantes et grimpantes, je m’imagine utiliser une dose de désherbant. J’entrevois le résultat, plus de problème apparent, tout est sec, grillé, il n’y a plus de vie. De surcroît, je ne fais que peu confiance à cette pharmacopée, ma crainte est le mauvaise dosage, la mauvaise utilisation ou prescription. Je mesure que de mon propre choix, j’anéantirai tous mes efforts de croissances, mes belles plantes, jeunes pousses, excroissances, et autres jolies fleurs dont je suis fière, qui m’ont valu tant d’années de persévérance et de soins pour et par moi même.

Doucement résonne ce double TT qui m’encourage à attacher les ronces. Ainsi s’offre à moi une autre voie, celle de faire avec, de composer. Le paysage change, le jardin n’est plus le même, comme si la nature même de la ronce s’était modifiée. Je ne mets plus mon énergie à vouloir que tout disparaisse pour les regards des curieux, à vouloir annuler l’existence de ces ronces. D’ailleurs, cet air de friche n’en est pas un, je sais pertinemment que dans les ronciers s’épanouisse toute une vie avec la mienne.

En définitive, quel est l’intérêt de mon choix à ne regarder que ces épines ? Il est vrai que lorsque les fruits sont mûrs et en abondance, je m’y promène volontiers. Mon jardin est grand et varié, il est de ma responsabilité que de m’y attarder en cette saison et de ne regarder que dans cette voie. J’ai le choix de mes directions. Alors, j’attache certaines tiges, j’accepte ce qui est, je crée avec ce qui se présente, tout en connaissant la richesse de mon sol.

Je me pacifie avec mon environnement et trouve une harmonie dans ce jardin en permanente et constante évolution.

Faites vous confiance, faites vos choix, essayez recommencez, innovez… Tout pousse en tout sol, ainsi est la nature.

Mathilde.